Histoire de l'Ardèche

Des grottes ornées du paléolithique aux effervescences de la Révolution, l'histoire de l'Ardèche traverse plusieurs millénaires. Ce territoire du sud de la France a vu se succéder les hommes de la préhistoire, les tribus gauloises, les légions romaines, les seigneurs du Vivarais et les artisans de la Révolution industrielle. Un passé que l'on peut aujourd'hui encore lire dans les paysages, les villages de pierre et les vestiges archéologiques du département, à commencer par la grotte Chauvet, joyau de l'art pariétal mondial. Voici les grandes étapes de cette histoire, des origines à nos jours.

 

 

La préhistoire en Ardèche

Paléolithique inférieur (- 340 000 à - 90 000 ans avant notre ère)

Les plus anciennes traces d'occupation humaine du département remontent à l'Homo erectus. Près d'Orgnac, la découverte d'habitats en grotte et sous abri montre que ces premiers occupants maîtrisaient déjà le feu et savaient tailler le silex pour fabriquer leurs outils.

 

Paléolithique moyen (- 90 000 à environ - 30 000 avant notre ère)

L'homme de Néandertal succède à l'Homo erectus. Sa présence est attestée le long de la vallée du Rhône, notamment dans des grottes à côté du bourg de Soyons en Ardèche, ainsi que dans les abris naturels du Bas-Vivarais.

 

Paléolithique supérieur (- 40 000 à - 9000 avant notre ère)

L'homme de Cro-Magnon s'installe durablement dans les gorges de l'Ardèche et le long des rivières du sud du département (Beaume, Chassezac, Ibie), ainsi que sur les rives du Rhône. Chasseur-cueilleur, il est aussi l'auteur de représentations pariétales exceptionnelles : peintures et gravures d'animaux ornent les parois de nombreuses grottes ardéchoises.

C'est à cette période qu'appartient la grotte Chauvet-Pont d'Arc, découverte le 18 décembre 1994 par les spéléologues Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel et Christian Hillaire, sur le territoire de Vallon-Pont-d'Arc. Ses peintures et gravures, parmi lesquelles la célèbre « Vénus au bison », comptent parmi les plus anciennes représentations picturales connues au monde : certaines datent de plus de 36 000 ans. Restée scellée par un éboulement pendant environ 20 000 ans, la grotte doit sa conservation exceptionnelle à cet isolement. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2014, mais reste fermée au public pour des raisons de conservation. Sa réplique, la Grotte Chauvet 2 Ardèche, permet aux visiteurs d'en découvrir les trésors.

D'autres sites témoignent de cette richesse artistique : les grottes d'Ebbou et de la Tête du Lion comptent parmi les plus importantes du territoire, qui recèle plus d'un millier d'images pariétales sur l'ensemble des gorges de l'Ardèche.

À la fin de cette période (l'Épipaléolithique), le climat se réchauffe. L'homme de Cro-Magnon adapte son mode de vie et son art, désormais tourné vers des représentations plus schématiques.

 

Le Mésolithique (- 9000 à - 5500 avant notre ère)

Les forêts se développent et le climat se tempère. L'homme, devenu excellent archer et chasseur, s'adapte à ce nouvel environnement. Plusieurs sites du sud ardéchois témoignent de cette période : la grotte de la Baume d'Oulen, l'abri sous roche de Vernon à Saint-Remèze, ainsi que des sites à Montpezat-sous-Bauzon et à Labastide-de-Virac.

 

Le Néolithique (- 5500 à - 2000 avant notre ère)

Les premières communautés paysannes s'installent dans le sud du département. Agriculteurs et éleveurs occupent encore certaines grottes, mais construisent aussi des habitations durables dans les plaines et le long des rivières (Rhône, Ardèche, Chassezac).

À la fin du Néolithique, alors que le travail des métaux n'est pas encore maîtrisé, les hommes édifient des monuments mégalithiques : menhirs et dolmens. L'Ardèche est aujourd'hui le département de France comptant le plus grand nombre de dolmens, avec près de 900 édifices recensés, concentrés presque exclusivement dans le sud du territoire, en zone calcaire. Le dolmen de Champvermeil, à Bidon, est l'un des mieux conservés : il est classé monument historique. Des nécropoles entières, comme celle de l'Abeille à Labeaume, rassemblent plusieurs dizaines de sépultures sur un même site.

 

 

La protohistoire ardéchoise

L'âge des métaux (- 2000 à - 125 avant notre ère)

En l'absence de gisement d'étain sur le territoire, les objets de bronze retrouvés dans les grottes de Peyroches et du Pontiar proviennent probablement d'échanges avec le Massif central et l'est de la France. Le « trésor du Déroc », trois vases ornés de bronze découverts dans une grotte de Vallon-Pont-d'Arc, illustre ce commerce lointain.

Cette période voit aussi l'arrivée de peuples venus d'Europe du Nord et du Sud, dont les Celtes. En Ardèche, l'influence gauloise se traduit par l'installation des Helviens au sud et des Allobroges autour de Valence, dont l'oppidum de Soyons garde la trace.

 

L'Ardèche gallo-romaine (- 125 avant notre ère à 500)

Après la conquête romaine, la Provincia Romana s'étend des Alpes au Rhône, jusqu'aux Pyrénées-Orientales. Le pays des Helviens en fait partie et devient un véritable prolongement de l'Italie. Rome y développe un réseau routier structuré : ponts et voies romaines jalonnées de bornes militaires, comme à Le Pouzin ou à Viviers.

La cité des Helviens prend le nom d'Alba et connaît son apogée au IIe siècle après J.-C., avec un théâtre pouvant accueillir près de 3 000 spectateurs. À la fin du IVe siècle, elle devient le siège du premier évêché du Vivarais. C'est aujourd'hui à Alba-la-Romaine que se trouvent les vestiges romains les plus importants du département.

 

 

Le Moyen Âge en Vivarais (500 à 1500)

À la fin du Ve siècle, la ville d'Alba décline et l'évêché est transféré à Viviers, qui devient le nouveau centre religieux du Vivarais. Après le passage des Wisigoths puis des Burgondes, le VIe siècle est marqué par l'instabilité des royaumes francs.

De nombreuses églises funéraires s'élèvent alors en dehors des villes, comme Notre-Dame de Saint-Saturnin à Viviers. Monastères, abbayes (Cruas, Mazan…) et magnifiques églises romanes (Thines, Champagne…) témoignent de l'essor des communautés religieuses dans tout le Vivarais.

Villes et campagnes se développent, tandis que les seigneurs marquent leur pouvoir territorial par des tours ou d'imposants châteaux. L'évêque de Viviers, dont l'autorité est considérable aux XIIe et XIIIe siècles, doit néanmoins composer avec de puissants barons et comtes locaux, tels les Montlaur, les Adhémar ou les comtes du Valentinois.

La monarchie capétienne réduit progressivement les pouvoirs locaux, jusqu'à leur disparition vers 1320. Au XVe siècle, la création des États particuliers du Vivarais consolide l'unité administrative du territoire. Subordonnés aux États du Languedoc, ils subsisteront jusqu'à la Révolution.

 

 

De la Renaissance aux guerres de religion (1500 à 1800)

La Renaissance est une période animée en Vivarais. Noël Albert, percepteur d'impôts converti au protestantisme, fait bâtir la magnifique maison des Chevaliers à Viviers, tandis que le cardinal François de Tournon fonde le célèbre collège de Tournon, sur les rives du Rhône.

En 1562, les États du Vivarais se scindent entre protestants et catholiques : c'est le début de la première des huit guerres de religion qui vont ensanglanter le territoire pendant plusieurs décennies.

 

 

La naissance du département de l'Ardèche (1790)

La Révolution française bouscule les certitudes locales. Certains Ardéchois restent dans l'expectative, tandis que d'autres s'engagent avec force, à l'image des Jacobins et des Chouans réfugiés dans les montagnes.

Le 4 mars 1790, la France est divisée en 83 départements. La quasi-totalité de l'ancien pays du Vivarais donne alors naissance à l'Ardèche, nommée d'après sa plus longue rivière. Dans le classement alphabétique de l'époque, le nouveau département occupe d'abord la sixième place. Après la création puis le rétablissement, en 1860, du département des Alpes-Maritimes, qui vient s'intercaler juste avant dans l'ordre alphabétique, l'Ardèche glisse à la septième position : c'est l'origine de son numéro actuel, le département 07.

 

 

L'Ardèche du XIXe au XXe siècle

Au XIXe siècle, le jeune département connaît un essor économique et démographique porté par l'industrie de la soie et du papier, l'exploitation minière et l'arrivée du chemin de fer. Cette croissance se poursuit jusqu'au Second Empire, avant que plusieurs crises n'inversent la tendance dans la seconde moitié du siècle : la pébrine, maladie du ver à soie, le phylloxéra, qui ravage la vigne, et la maladie de l'encre, qui touche les châtaigniers.

Avec le chemin de fer, les échanges entre la vallée du Rhône et le Massif central se transforment en profondeur. La vie rurale change de visage : jusque dans les années 1960, la population décline et beaucoup d'Ardéchois quittent les campagnes pour rejoindre les villes.

Au XXe siècle, l'élevage caprin et bovin prend le pas sur la polyculture traditionnelle. Pêches et cerises se développent, et la vigne connaît un renouveau dans la vallée du Rhône. Côté industrie, la tannerie et le moulinage cèdent progressivement la place à l'électronucléaire, à l'agroalimentaire et à la pharmacie. Malgré ses nombreux atouts (paysages, patrimoine, produits du terroir), le département doit alors faire face à une déprise démographique marquée.

 

 

L'Ardèche aujourd'hui

L'Ardèche contemporaine mise pleinement sur ses richesses naturelles et patrimoniales pour développer le tourisme et les loisirs de plein air. Ce dynamisme touristique génère aujourd'hui des emplois et des ressources essentielles pour l'économie locale : le département accueille chaque année plus de 2 millions de touristes (données CCI de l'Ardèche), pour plus de 16 millions de nuitées touristiques (données ADT de l'Ardèche) en 2024, tous modes d'hébergement confondus, un chiffre en progression régulière depuis plusieurs années.

 

 

Quelques personnages célèbres d'Ardèche

Olivier de Serres (1539-1619)

Né à Villeneuve-de-Berg, ce gentilhomme huguenot est considéré comme le père de l'agriculture française moderne. Dans un rapport adressé à Henri IV, « L'art de la cueillette de la soie », il préconise d'étendre la sériciculture à l'ensemble du royaume, jusque-là très localisée. Le roi fait alors planter 20 000 mûriers aux Tuileries, et la culture de la soie se répand sur la moitié du territoire français. Son ouvrage majeur, « Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs », pose les fondements de l'agriculture moderne : labours profonds, usage d'engrais, système de jachère.

 

La famille de Vogüé

Alliée à la branche Soubise des Rohan, cette famille est étroitement liée à l'histoire du Vivarais, du XVIe siècle (avec la révolte de Rohan dans les Cévennes en 1629) jusqu'au XIXe siècle, où elle conserve terres et activités industrielles sur une grande partie du territoire. Le château de Vogüé témoigne encore aujourd'hui de son empreinte en Ardèche méridionale. Les comtes d'Aubenas sont d'ailleurs issus de cette famille.

 

Le Cardinal de Bernis (1715-1794)

Né à Saint-Marcel-d'Ardèche, François-Joachim de Pierre de Bernis mène une carrière diplomatique et politique brillante : ambassadeur à Venise à partir de 1752, ministre d'État puis secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 1757, il est nommé cardinal en 1758. Proche de Madame de Pompadour, il termine sa carrière comme représentant de la France auprès du Saint-Siège, à Rome, où il meurt en 1794.

 

La famille Durand

Originaire du hameau du Bouschet-de-Pranles, la famille Durand devient l'un des symboles de la résistance protestante en Vivarais après la révocation de l'édit de Nantes. Pierre Durand (1700-1732), formé à la théologie à Genève, devient « pasteur du désert » : il exerce clandestinement son ministère auprès des huguenots persécutés, avant d'être arrêté et exécuté. Sa sœur Marie Durand (1711-1776), arrêtée à son tour en 1730, passe près de 38 ans enfermée à la tour de Constance, à Aigues-Mortes, sans jamais renier sa foi. Elle reste une figure marquante du protestantisme français. Leur maison familiale, au Bouschet-de-Pranles, abrite aujourd'hui le musée du Vivarais protestant, qui raconte leur histoire.

 

Boissy d'Anglas (1756-1826)

Né à Saint-Jean-Chambre, cet avocat d'origine protestante représente le tiers-état du Vivarais aux États généraux de 1789, puis le département de l'Ardèche à la Convention. Il reste dans l'histoire pour son sang-froid : président de l'Assemblée lors de l'émeute populaire du 1er prairial an III, il tient bon face aux insurgés qui viennent de brandir devant lui la tête d'un député assassiné. Homme de lettres à ses heures, il devient ensuite sénateur puis pair de France.

 

La famille de Montgolfier

Installée à Annonay, dans le nord de l'Ardèche, à la fin du XVIIe siècle, cette famille de la noblesse française développe rapidement son pouvoir économique en fondant, avec la famille de Canson, les papeteries Canson-Montgolfier. Les frères Joseph et Étienne de Montgolfier se rendent surtout célèbres en 1783 en réalisant les premiers essais publics de montgolfière à Annonay, avant leurs vols historiques à Paris.

 

Marc Seguin (1786-1875)

Également né dans la ville d'Annonay, la plus grande d'Ardèche, cet ingénieur de renom invente la chaudière tubulaire, une innovation qui améliore considérablement la puissance des locomotives à vapeur dès le XIXe siècle. On lui doit aussi le développement de la technique des ponts suspendus, dont plusieurs exemples voient le jour en France sous son impulsion.

 

Vincent d'Indy (1851-1931)

Issu d'une ancienne famille du Haut-Vivarais, ce compositeur attaché à la musique populaire française marque la scène musicale de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

 

 

Article mis à jour le 27/07/2026.